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Je m’appelle Michel Laloux, je suis né en 1957 dans une petite ville commerçante de Belgique de 8.000 habitants. Une des particularités de Ciney est d’être la capitale belge de l’infarctus. Est-ce à cause du beurre salé ou à cause de notre réputation d’être de bons vivants ? Une autre particularité ; le nombre de cafés par rapport au nombre d’habitants : la 2ème ville de Belgique. Ne pensez pas que c’est parce que les cinaciens sont plus poivrots que les autres, mais Ciney attire beaucoup de monde à cause de marchés aux bestiaux.

Assez ruminés ! Second d’une famille de 5 enfants, j’ai baigné dans la photographie. Un père photographe, 2 frères dans la photo, et même mon unique sœur… au point où j’ai pris pas mal de distance par rapport à la photo. Heureusement un de mes frères est passionné de chants, on n’a pu parler d’autres choses. (je caricature un peu).

Très timide dans l’enfance et l’adolescence, le judo m’a permis de m’épanouir. Mais c’est surtout la foi et l’expérience d’un Dieu aimant qui m’a libéré en profondeur. Quelle chance de découvrir ainsi Dieu dès les premières années de sa vie. Il paraît (je ne m’en rappelle plus) qu’à 6 ans je disais vouloir être prêtre…

À 18 ans, je désirais donner ma vie à Dieu, mais je ne savais comment m’y prendre. Une phrase de mon grand-oncle a été déterminante ; « Va voir une fois chez les franciscains de Bruxelles, cela ne t’engage à rien ». Arrivés chez les frères, je me suis senti directement chez moi. Ce n’était pas l’éblouissement, mais l’évidence que leur manière de vivre l’Evangile me correspondait. Une manière simple, heureuse d’entrer en relation. Une bonne humeur contagieuse. Progressivement je me suis laissé séduire. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’aller voir ailleurs. À 20 ans, je commence le noviciat. Ensuite je termine des études d’infirmier social à Bruxelles.

Puis avant de commencer la théologie, je rencontre pour la première fois la grande pauvreté dans la banlieue de Liège. C’est le choc. C’est la découverte de conditions inimaginables dans lesquelles vivent de nombreuses familles. On ne peut se représenter les odeurs, la honte, l’exclusion sans en avoir fait l’expérience soi-même… et encore. De plus, nous sommes 4 frères à vivre ensemble dans un minuscule appartement. Là vraiment, j’ai fait mon noviciat. Découvrant alors combien moi aussi je suis pauvre. Combien moi aussi je suis un être blessé. Ma relation à Dieu dès lors en a été profondément modifiée. Impossible de dire exactement en quoi, mais certitude de ne plus être le même. Et quand pendant 4 ans, j’étudie la théologie, toute ma présence avec les personnes du Quart-Monde en est imprégnée.

Retour ensuite dans la banlieue liégeoise, mais cette fois à Bressoux. Avec Marie, une dame revenant de 12 ans d’Haïti, nous allons dans la rue pour rejoindre les enfants. Et nous créons une maison de quartier avec des ateliers créatifs pour enfants, des activités pour adolescents, des réunions pour adultes etc… Nous serons 30 bénévoles et salariés à travailler ensemble.
Bressoux ; 15 ans de présence et d’actions avec les plus pauvres. 15 ans qui ont laissé des traces ; des visages qui me sont devenus amis tant parmi les plus pauvres que parmi l’équipe. J’entretiens encore des contacts réguliers avec le directeur du Courant d’air et son épouse.

Un jour, un voisin me demande ; pourquoi n’es-tu pas prêtre ? Jusqu’alors, j’avais repoussé la question. J’étais heureux de vivre comme frère. Cette question de cet homme pauvre m’a fait réfléchir. Oui, pour cette population défavorisée, il était important qu’ils aient un prêtre qui soit proche de leur existence et familiarisé avec leur langage. Et j’ai dit « oui ». Ce « oui » à partir du Quart-Monde s’est agrandi, et mon ministère s’est élargi à d’autres populations.

Et puis, une demande ; aller en France pour accompagner les frères en formation. Allais-je déprimer ?
En moi, une simple et forte confiance en LUI, car Il ne m’a jamais abandonné…
Mais aussi deux choix ; celui de me faire accompagner dans mon nouveau chemin, et un rendez-vous avec la danse quotidienne.
Parfois j’ai eu le sentiment d’avoir tout perdu. Mais souvent une joie très forte et sereine m’a envahi ; Il est là.
Depuis 2002, je suis en France. Quelle joie d’avoir été pendant 2 ans aumônier des gens du voyage à Lyon. Quelle joie d’avoir découvert et développé de nouveaux chemins de fécondité à Toulouse ; accompagnements de groupes, accompagnements spirituels, et développement de la danse d’Israël. Peut-être qu’il y a progressivement le passage d’une joie de faire à la simple joie d’être là sous ses yeux…
En 2011, 2 ans de bonheur à Brive. J’ai été touché par l’accueil si chaleureux des brivistes. Bonheur aussi de participer à la pastorale de l’ensemble Edmont Michelet.
Puis 12 ans comme provincial en étant de fraternité de Paris. Vie très remplie de voyages, de rencontres de décisions. J’en suis sorti fatigué et heureux. Un long temps de responsabilités importantes a modifié ma vision des frères et de moi-même et aussi de Dieu…. car particulièrement lors de moments plus difficiles j’ai perçu sa présence.
Depuis avril 2025 ; année sabbatique et sympathique ; 1600 kilomètres vers Compostelle. Il n’y as pas que les pieds qui ont travaillé… mais aussi tout ce qui est au-dessus ! 4 mois chez les moines bénédictins d’En Calcat m’ont permis de laisser descendre tout ce que j’ai reçu et me nourrir de la Parole de Dieu. Sans oublier la danse…car j’avais demandé une pièce pour travailler des chorégraphies.
Eté 2026. Nouveau départ à Brive. Cadeau d’une vie qui ne cesse de changer, de se modifier. Vers quelles surprises ? Mais je sais qu’Il sera là !

Fr. Michel LALOUX

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